Peter passe me prendre à 9h à la guesthouse. Il est tout motivé d'améliorer son français avec moi. Comment dit-on "killing fields" ? Il me faut un moment de reflection avant de proposer  "champs d'exécution". Une route poussiéreuse nous amène au mémorial de Choeung Ek. Une fois devant, Peter me fait un topo sur l'histoire de son pays. De guerres en colonies, le Cambodge ne connait que 10 années d'indépendance heureuse avant la prise de pouvoir par les Kmer Rouges. Dans un anglais boiteux Peter m'énumère les événements tout en tenant à dire les dates en français. Enfin il me parle un peu de son expérience. De sa famille, il ne reste que lui et sa mère. Il a perdu son frère, ses sœurs et son père. Ils furent obliger de quitter Phnom Penh pour vivre et travailler dans les champs. Peter, alors âgé de 13 ans, a connu le dur labeur et la famine. Le grand rêve de Pol Pot, leader des Kmer Rouge, était de fonder une société agraire qui s'auto-suffirait et où tous seraient égaux. 

Au centre du complexe siège une tour en verre avec à l'intérieur, sur plusieurs étages, des crânes répertoriés par âge et par sexe. Aux étages supérieurs sont entassés des os, également ordonnés et classés. Ce sont tous des os qui ont été exhumés ici. 

20 000 personnes ont été exécutées ici. Pour des raisons aussi vaines que parce qu'elles étaient trop éduquées - parfois il suffisait juste de porter des lunettes pour passer pour un intellectuel et être pourchassé. Pour justifier l'emprisonnement, la torture et le meurtre des cambodgiens, on imaginait des histoires de complot contre le gouvernement. Le régime était tellement paranoïaque qu'il ont exécuté les enfants des victimes de peur qu'ils vengent leurs parents. Et plus ça allait plus la parano grandissait et Pol pot, le chef, condamnait des soldats et des membres de son parti. 

Aux Killing fields de Choeung Ek, 129 Mass graves ont été découverts. Le lieu est donc vallonné de creux. Certaines tombes avaient des particularités comme celle où on ne trouva que des corps sans tête ou celle dans laquelle il n'y avait que des femmes et des enfants. Parce que les munitions coutent chers, on tuait les prisonniers a l'aide d'outils, de machettes ou de bambou. Parce que les munitions coutent cher, on fracassait la tête des bébés contre des arbres... devant leurs mères... Bienvenue en enfer !

L'après-midi continuera dans la même veine avec visite du musée S21, ancienne prison de Phnom Penh où 17000 personnes furent emprisonnées et torturées avant d'être exécutées. Seulement 7 prisonniers survécurent. Ils eurent la vie sauve grâce à leurs talent de photographe ou de peintre qui furent employés au service du parti. 

La guide qui nous fait faire le tour de l'ancienne prison nous parle aussi de son expérience. Elle, sa mère et une de ses sœurs arrivèrent à passer la frontière au Vietnam. Son père fut exécuté. Son autre sœur et son frère furent emmenés pour travailler dans des camps de labeur et la famille n'eut plus jamais de nouvelles d'eux. L'émotion est à son comble. 

En ce moment je lis le roman qui parle le mieux de cette sombre époque : First they killed my father. C'est écrit à travers les yeux de la petite fille qu'était l'auteure à l'époque, entre 75 et 78. C'est un témoignage très fort qui permet de mieux se rendre compte de ce qu'on endurait les cambodgiens. 

Un seul des dirigeants du parti a reconnu les faits et s'est excusé. Ils sont 5 à être en prison. Pol Pot réussit à échapper à l'armée vietnamienne (qui renversa le gvnt en 78) et mourut des années plus tard de maladie. 

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